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50 ans à St-Côme, ça se fête!
Et pas n’importe comment! Ce 50e anniversaire porte en lui toute une histoire, celle du premier chapitre de mon aventure profondément enracinée dans la forêt. Une histoire qui a façonné mes choix de vie et qui a tranquillement guidé ma carrière.
Mes parents et grands-parents maternels ont acheté un chalet ensemble à St-Côme en avril 1976. Chalet qui est maintenant notre résidence principale à Jean-Guy et moi depuis juin 2001, mais j’habite St-Côme à l’année depuis 1988. Nous y avons fondé notre famille et trois de nos six petits-enfants sont des Cômiens de 2e génération.
Oui, 50 ans passés ici à découvrir cet environnement dans lequel la forêt prend tout son sens. Mon père, homme de partage et de générosité, nous transmet cet héritage qu’il a vécu durant sa jeunesse. Je pars avec lui à la découverte de ce qui sera plus tard sans le savoir mon travail, mon métier, ma passion. Ma mère, elle, me transmet ce goût de la cuisine. J’aime aussi rigoler en expliquant que ma grand-mère paternelle, « cook de chantier », m’a sûrement transmis de ses gènes qui me permettent d’explorer la cuisine sur feu de bois. À vrai dire, depuis que je suis toute petite, mes parents et grands-parents organisaient ici à St-Côme des pique-niques hivernaux lors desquels nous mangions patates dans la braise, fèves au lard, jambon et bien plus. Mon père nous préparait l’infusion de branche de sapin faite à partir de la neige et de petits bouts de branches prélevés sur place qui ensuite sera infusée directement sur le feu.

La pêche, la chasse, la cueillette et les sports d’hiver (ski de fond, motoneige ou ski-doo) font partie de notre réalité. Mon père m’a permis d’ouvrir mon regard sur les choses minuscules, imperceptibles si on ne s’y arrête pas. Une piste, un petit caca, de quel animal s’agit-il? « Regarde celle-là : c’est un gros buck orignal, les pointes de ses sabots avant sont écartées, il est très gros. La femelle a les pointes des sabots qui se referment vers l’intérieur. Regarde ces toutes petites feuilles, en dessous il y a des petits fruits blancs. Goûte, c’est très bon, c’est le petit thé des bois. »

À un autre moment, mon père arrivait tout heureux avec une branche remplie de gros bleuets pour nous montrer notre prochaine sortie de cueillette ou alors, avec des baies d’amélanchier qu’il nommait petites poires; il expliquait qu’il en mangeait sur les chantiers de bûcheron où il travaillait dans sa jeunesse. Sa joie a été de nous faire goûter le thé du Labrador, ses yeux pétillaient de bonheur pour chaque découverte qu’il partageait avec nous. Il me disait : « si tu traverses la forêt seule, parle, chante et fais du bruit pour annoncer ta présence aux animaux sauvages. » Ses enseignements étaient simples et rassurants.

Ma mère était une cueilleuse exceptionnelle de petits fruits : fraises des champs, framboises, bleuets et mûres. On se régalait avec de la crème fraîche, des coulis savoureux, des poudings succulents. Mais rien n’était acquis : pour pouvoir en savourer, nous devions mettre la main à la pâte, en participant à la cueillette, au triage et au nettoyage, ensuite seulement venait le plaisir gourmand. Son intérêt était tellement grand pour la nature et ses beautés, qu’elle a entrepris une formation en phytothérapie afin d’en apprendre davantage et de partager avec nous ses découvertes. Elle a ajouté sans le savoir une petite graine pour ma future carrière dans le domaine des forestibles.
Avec ma grand-mère, un plaisir était la recherche de champignons à l’automne, non pas pour les consommer, mais plutôt simplement admirer leurs diversités. Elle prélevait aussi la gomme d’épinette pour que l’on y goûte, en nous expliquant que plus on la mâchait, plus elle prendra la forme d’une gomme et que c’était excellent pour le rhume. Elle m’a aussi montré qu’en prenant une petite branche et en perçant une bulle sur le tronc d’un sapin, on avait de la gomme de sapin. Oh! que mes mains étaient collantes, je devais me laver avec du beurre.

Durant ces 50 années d’expériences, de formations et de transmissions, j’ai été témoin et participé à un grand nombre d’activités qui auront façonné mes choix de vie sans m’en douter, sans comprendre cette direction qui est devenue évidente, ce désir de participer à un projet qui n’existait même pas dans ma conscience. Une carrière discrète se préparait avant même que je sache l’existence de ce choix possible. Toute petite, j’ai absorbé l’information qui aujourd’hui accompagne ma route comme un bagage essentiel à la compréhension de mon métier de cueilleuse et cheffe en cuisine forestière. Je comprends maintenant que cette passion de faire goûter la forêt provient de graines bien implantées par mes parents et mes grands-parents.
